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    Dans son sommeil glissant l'eau se suscite un songe
    chuchotis de joncs de roseaux d'herbes lentes
    et sait jamais bien dans son dormant mélange
    où le bougeant de l'eau cède au calme des plantes
     
    La rivière engourdie par l'odeur de la menthe
    dans les draps de son lit se retourne et se coule
    mêlant ses mortes eaux à sa chanson coulante
    Elle est celle qu'elle est surprise d'être une autre

    L'eau qui dort se réveille absente de son flot
    écarte de ses bras les lianes qui la lient
    déjouant la verdure et l'incessant complot
    qu'ourdissent dans son flux les algues alanguies.

    Claude Roy



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    (...) derrière la porte du jardin, Pierre observait ce qui se passait, sans la moindre frayeur. Une des branches de l’arbre, autour duquel tournait le loup, s’étendait jusqu’au mur. Pierre s’empara de la branche, puis monta dans l’arbre.
    Alors Pierre dit à l’oiseau :
    " Va voltiger autour de la gueule du loup mais prends garde qu’il ne t’attrape. "
    De ses ailes, l’oiseau touchait presque la tête du loup qui sautait furieusement après lui pour l’attraper. Oh que l’oiseau agaçait le loup ! Et que le loup avait envie de l’attraper ! Mais que l’oiseau était bien trop adroit et le loup en fut pour ses frais. Pendant ce temps, Pierre fit à la corde un nœud coulant, et les descendit tout doucement. Il attrapa le loup par la queue et tira de toutes ses forces. Le loup, se sentant pris, se mit à faire des bonds sauvages pour essayer de se libérer. Mais Pierre attacha l’autre bout de la corde à l’arbre, et les bonds que faisaient le loup ne firent que resserrer le nœud coulant (...)
    Extrait "Pierre et le loup" de
    Sergueï Prokofiev




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    Comme je descendais des Fleuves impassibles,
    Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
    Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles,
    Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

    J'étais insoucieux de tous les équipages,
    Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
    Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
    Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

    Dans les clapotements furieux des marées,
    Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
    Je courus ! Et les Péninsules démarrées
    N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

    La tempête a béni mes éveils maritimes.
    Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
    Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
    Dix nuits, sans regretter l'œil niais des falots !

    Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,
    L'eau verte pénétra ma coque de sapin
    Et des taches de vins bleus et des vomissures
    Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

    Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
    De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
    Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
    Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

    Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
    Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
    Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
    Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

    Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
    Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
    L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
    Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !

    J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
    Illuminant de longs figements violets,
    Pareils à des acteurs de drames très antiques
    Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

    J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
    Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
    La circulation des sèves inouïes,
    Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

    J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
    Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
    Sans songer que les pieds lumineux des Maries
    Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

    J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
    Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
    D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
    Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

    J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
    Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
    Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
    Et des lointains vers les gouffres cataractant !

    Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
    Échouages hideux au fond des golfes bruns
    Où les serpents géants dévorés des punaises
    Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

    J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
    Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
    Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
    Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

    Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
    La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
    Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
    Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

    Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
    Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
    Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
    Des noyés descendaient dormir, à reculons !

    Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
    Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
    Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
    N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

    Libre, fumant, monté de brumes violettes,
    Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
    Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
    Des lichens de soleil et des morves d'azur ;

    Qui courais, taché de lunules électriques,
    Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
    Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
    Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

    Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
    Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
    Fileur éternel des immobilités bleues,
    Je regrette l'Europe aux anciens parapets !

    J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
    Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
    Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
    Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

    Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
    Toute lune est atroce et tout soleil amer :
    L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
    O que ma quille éclate ! O que j'aille à la mer !

    Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
    Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
    Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
    Un bateau frêle comme un papillon de mai.

    Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
    Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
    Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
    Ni nager sous les yeux horribles des pontons.


    Arthur Rimbaud


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    Karl Valentin, La Sortie au théâtre et autres textes ( traduction Jean-Louis Besson et Jean Jourdheuil, Théâtrales, 1992 )


     

    Le mari. - Klara! Je ne trouve pas mes lunettes. Tu sais où sont mes lunettes?

    La femme. - Hier je les ai vues dans la cuisine.

    Le mari. - Comment ça, hier! Il y a une heure j'étais encore en train de lire avec.

    La femme. - C'est bien possible, mais hier tes lunettes étaient dans la cuisine.

    Le mari. - Mais ne raconte donc pas des insanités pareilles, à quoi est-ce que ça m'avance que mes lunettes aient été hier dans la cuisine!

    La femme. - Si je te le dis, c'est simplement parce que tu les as laissées plusieurs fois dans la cuisine.

    Le mari. - Plusieurs fois? Je les ai laissées souvent. Mais où sont-elles maintenant, c'est ça que je veux savoir!

    La femme. - Eh ben, où elles sont maintenant, ça je ne le sais pas non plus; elles sont sûrement quelque part.

    Le mari. - Quelque part? Pour sûr qu'elles sont quelque part : mais où ? Où est-ce que c'est quelque part?

    La femme. - Quelque part? Ça je ne le sais pas non plus : alors c'est qu'elles sont ailleurs!

    Le mari. - Ailleurs! Mais ailleurs c'est bien quelque part.

    La femme. - Ne dis donc pas de telles stupidités, ailleurs ne peut quand même pas être en même temps "ailleurs" et "quelque part". Chaque jour il faut partir à la recherche de ces stupides lunettes. La prochaine fois tu n'auras qu'à faire attention où tu les poses, alors tu sauras où elles sont.

    Le mari. - Mais, femme! Seul peut dire cela quelqu'un qui n'a pas la moindre idée de ce que sont des lunettes. Même si je sais où je les ai posées, ça n'avance à rien, je ne sais pas où elles sont puisque, de toute façon, je ne peux rien voir sans lunettes.

    La femme. - Tout simple! Tu n'as qu'à avoir une autre paire de lunettes, pour pouvoir avec une paire de lunettes chercher l'autre.

    Le mari. - Hum... Ça serait une plaisanterie qui reviendrait cher! Mille fois par an j'égare mes lunettes, si à chaque fois j'avais besoin d'une paire de lunettes : la paire la moins cher coûte trois marks, ça ferait dans les trois mille marks en lunettes par an.

    La femme. - Nigaud! Tu n'as pas besoin de mille paires de lunettes!

    Le mari. - Mais de deux, ça absolument. Une pour voir de près et une pour voir de loin. - Non, non, je préfère ne pas me lancer là-dedans. Imagine, j'ai perdu celle pour voir de loin, et sur mon nez je n'ai que celles pour voir de près, mais celles pour voir de loin sont très loin, si bien qu'avec les lunettes pour voir de près je ne peux pas voir celles pour voir de loin qui sont loin!

    La femme. - Alors tu gardes tout simplement les lunettes pour voir de près sur ton nez et tu t'approches le plus possible de l'endroit où sont celles pour voir de loin, afin que tu voies celles pour voir de loin avec celles pour voir de près.

    Le mari. - Mais je ne sais pas à quel endroit se trouvent celles pour voir de loin.

    La femme. - L'endroit est justement là où tu as mis tes lunettes!

    Le mari. - C'est bien de cela qu'il s'agit! Cet endroit, je ne sais plus où il est...

    La femme. - Ça je ne comprends pas. Peut-être qu'elles sont dans l'étui?

    Le mari. - Oui! Ça se pourrait! Elles doivent être là. Passe-moi l'étui!

    La femme. - Où est-ce qu'il est, l'étui?

    Le mari. - L'étui, il est justement là où les lunettes sont dedans.

    La femme. - Mais une paire de lunettes n'est pas toujours dans son étui.

    Le mari. - Si! Elle est toujours dans son étui. Sauf quand je l'ai sur le nez?

    La femme. - Quoi, l'étui?

    Le mari. - Non, la paire de lunettes.

    La femme. - Oooooh! Mais qu'est-ce que je vois là? Jette donc un coup d'oeil là-haut sur ton front!

    Le mari. - Mais je n'y vois pas, là-haut.

    La femme. - Alors attrape voir ce qu'il y a là-haut. Tu as relevé tes lunettes sur ton front!

    Le mari. - Ah, exact. Ce sont bien mes lunettes. Mais, hélas!

    La femme. - Quoi, hélas?

    Le mari. - Sans étui.



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                                               ( Extrait " Un Bain de ménage" de Georges Feydeau )

    Scène II

     


    Laurence
    , sortant de gauche, elle est en déshabillé.— Eh bien ! Ce bain est-il prêt ?

    Adélaïde : Oui, madame.

    Laurence : Ah ! Catulle, ce n’est pas pour te chasser, mais je vais prendre mon bain !

    Catulle : Je comprends, ma cousine. (À part.) Décidément, elle ne m’aime pas.

    Laurence, trempant ses doigts dans l’eau. Oh ! mais vous êtes folle, ma fille ! mais c’est de l’eau bouillante !

    Adélaïde : Oh ! Quand Madame sera dans le bain, cela aura le temps de refroidir. Madame sait que quand c’est chaud, ça refroidit ; quand c’est froid, ça ne se réchauffe pas.

    Laurence : Ah ! il paraît que vous avez fréquenté M. de la Palisse.

    Adélaïde : Ah ! Madame, c’est une calomnie ! Dieu merci !… j’ai des principes !…

    Laurence : Comment, M. de la Palisse ?

    Adélaïde : M. de la Palisse, de l’aristocratie !… Je suis extrême-gauche, moi, Madame.

    Scène III

    Les Mêmes, Cocarel

    Cocarel : Laurence, où sont mes gants, mes nouveaux gants, mes beaux gants ?…

    Laurence : Dans mon armoire à glace Allez les chercher, Adélaïde.

    Adélaïde sort.

    Cocarel : Tiens ! tu prends un bain dans l’antichambre

    Laurence : Où veux-tu que je le prenne, puisqu’il n’y a pas de salle de bains ? Je ne puis pas me baigner au salon !

    Cocarel : Mais s’il vient du monde !

    Laurence : À cette heure-ci ! Dix heures et demie.

    Cocarel : C’est juste ! (À Catulle.) Est-ce que tu sors, toi ?

    Catulle : Oui, nous descendrons ensemble.

    Voix d’Adélaïde : Madame, je ne trouve pas les gants !

    Laurence : Attendez, j’y vais ! (À Cocarel.) Cette fille est si peu intelligente…

    Cocarel : Mais non, mon amie, je t’assure.

    Laurence : Ah ! tu la défends toujours, toi ! (...)


                                                    

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  • Je parle cuisine, et l’on verra bien que je m’y entends. Un plat de luxe vous irait-il ? Oui, n’est-ce pas ? – surtout aux prix où nous les vendons, savoir : une souscription au présent volume. C’est à la portée des pauvres gens. Prenez la recette :

    D’abord, il faut une belle olive, farcie aux câpres et aux anchois, marinée à l’huile vierge ; mettez-là dans le corps d’un jeune moineau désossé. Celui-ci se montre très fier de manger des olives de cette façon particulière.

    Placez le moineau dans un oiseau de neige, ou un ortolan, gras, bien en chair, et désossé.

    Mettez l’ortolan dans le corps d’une mauviette désossée, laquelle se trouvera farcie de quatre manières, avec des éléments divers, mais qui vont très bien ensemble.

    La mauviette demande à entrer dans le corps d’une grive ou d’un merle, que l’on choisira selon le volume requis, car il s’en rencontre de toutes les grosseurs.

    La grive se glisse dans une caille bien grasse et juteuse. Désossez toujours, cela se comprend.

    La caille, enveloppée d’une belle feuille de vigne, quand vous en avez, se place dans le corps d’un perdreau, rouge s’il en est sous votre main.

    Prenez ensuite une bécasse tendre, succulente, bien mortifiée, et confiez-lui le perdreau ; elle ne demandera pas mieux que de s’emplir ainsi.

    La bécasse étant entourée de croûtes de pain tranchées bien minces, vous l’introduisez dans l’intérieur d’un canard sauvage, que vous choisissez de la taille voulue.

    Le canard va parfaitement dans une poularde dodue, blanche, et savamment désossée.

    Alors, si vous avez une jeune oie sauvage, grasse et attendrie, ne perdez pas de temps, enfilez-lui la poularde : c’est classique.

    Les poules d’Inde, blanches et charnues, sont assez faciles à obtenir ; ayez-en une, et mettez-lui la jeune oie dans le corps. Rendu à ce point, vous avez fait une oeuvre de haute école, mais ce n’est pas encore un chef-d’oeuvre.

    Poursuivez donc. Il s’agit de se procurer une belle outarde, ce qui n’est pas rare sur le Saint-Laurent. L’outarde canadienne est peut-être la plus belle qui soit sur le globe. Je désire l’élever au rang de mets national, et c’est dans ce but que je lui ai préparé les farces dont vous venez de lire la description. Si vous me dites que j’exige des tours de force, c’est que vous êtes tiède et peu instruit des choses de la cuisine. Un certain degré d’enthousiasme devient nécessaire pour accomplir les opérations que je vous recommande ici ; une bonne dose de science ou de pratique culinaire n’y gâte rien non plus. Êtes-vous homme à bien faire, je suis avec vous. Ah ! vous avez cru que, parce que je ne sais pas la musique, j’ignore la cuisine ! À d’autres, dénicheur de merles. Revenons à nos outardes.

    La poule d’Inde ayant disparue dans l’outarde, mettez le bloc dans un pot d’une capacité convenable, avec oignons piqués de clous de girofle, carottes à votre choix, petits dés de jambon, du céleri, quelques herbes de votre goût – de la mignonnette par exemple – force bardes de lard bien assaisonnées, poivre, sel, épices fines, coriandre (curry pour les Anglais) et une ou deux gousses d’ail, si vous y tenez, mais l’ail n’est pas indispensable, et du reste les Canadiens ne le tiennent pas en bonne odeur.

    Le pot ainsi préparé doit être fermé hermétiquement par une couverture de grosse pâte.

    – Et maintenant, dites-vous, c’est l’instant de livrer bataille. Feu partout !

    Non pas ! Petit feu soutenu seulement ! Un four ou un bon poêle chauffé avec modération, au même degré, durant dix heures – voilà la chose. Ni ardeurs ni défaillances, je vous en prie ! Un feu doux, consciencieux, d’allures régulières. Ah ! n’allez pas commettre... j’allais dire un délit grave – en sortant des sages mesures que je vous indique. Parvenu à la treizième farce, il n’y a plus de badinage.

    Au moment de servir, découvrez, tirez la pièce, dégraissez au besoin, et dressez sur un plat chaud.

    Plus on est de convives plus on goûte ce régal de roi, et le tout est mangé, car le tout est bon. Celui qui trouve l’olive enfermé au fond de tous ces êtres mérite les honneurs de la séance. Quant au cuisinier, il rêve d’une renommée universelle, et aspire à être le représentant des meilleurs rôtis, dans un comté de gastronomes.

    Ce n’est plus le poulet dit à l’ivoire avec ses larmes de citron sur la peau, ni la dinde et ses sots-l’y-laisse, ni le chapon poêlé avec son jus trop fort, c’est le « rôti sanspareil » combinant tout, absorbant tout, parlant à l’esprit et réjouissant le palais. Il n’est pas possible d’être un méchant homme après avoir dégusté l’outarde nationale ainsi apprêtée. Tout se tient dans la nature. Si ma verve a aujourd’hui plus de souplesse qu’autrefois, c’est uniquement parce que j’ai piqué une fourchette dans la glorieuse farce que je viens de vous décrire. Vive à jamais l’outarde nationale !

    ( Benjamin Sulte - Historiettes et fantaisies - 1910)


    Benjamin Sulte, journaliste, poète et historien -1889
    Photographe : Archambault
    BAnQ, Centre d’archives de Montréal
    Collection Institut Notre-Dame du Bon-Conseil de Montréal
    P783, S2, SS9


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