• Kétala" de Fatou Diome

     

    J’ai savouré ce roman captivant et poétique.  J’ai trouvé originale l’idée de céder la parole à des objets inanimés, témoins silencieux des joies et des peines d’une vie. L’auteur nous donne d’une certaine manière et avec humour, l’impression que les objets sont plus « humains » que les humains. Le Masque, porte, collier de perle, table, assiettes, oreiller, montre…vont tenter de sauver la mémoire de ‘‘ Mémoria’’ ( morte prématurément ) avant le jour prévu du ‘’Kétala’’ au cours duquel ils seront dispersés à jamais.

    Avec le recul, on ne peut pas s’empêcher de se poser des questions.
    Les objets ont-ils une âme ? Que deviendront les objets, les meubles, les vêtements… qui ont accompagné notre vie ? Seront-ils mis au rebut ? Seront-ils sujets à des querelles familiales après notre disparition ?  Est-ce que nous espérons qu’ils seront jalousement gardés pour perdurer la mémoire et le souvenir de toute une vie. Faut-il, le moins tard possible penser à écrire son testament ?
    J'ai mes propres questions mais cela ne me donne pas envie d’y répondre maintenant…


    Cet article est le témoignage que le livre prêté est devenu le mien pendant un court moment de ma vie. Un objet que j’aurai bien gardé dans ma bibliothèque. Merci Patricia pour cette découverte.
     

     

    Editions Anne Carrière et Editions Flammarion - 2006 

     

    4ème de couverture

    Que restera-t-il de nous ?

    Peut-être des souvenirs, magnifiés, interprétés, réinterprétés ou, pire, falsifiés. Inanimés, nos meubles, nos habits, nos objets familiers jalonnent le sillage de notre vie. Ils sont les témoins silencieux de nos joies et de nos peines.

    Pourtant, lorsque quelqu'un meurt, nul ne se soucie de la tristesse de ses meubles.

    Le Kétala, le partage de l'héritage, disperse tout ce que possédait celui ou celle qui n'est plus. Attristés par leur séparation imminente, des meubles et divers objets cherchent un moyen d'éviter l'éparpillement des traces de Mémoria, leur défunte et aimée propriétaire. Masque propose à ses compagnons d'infortune une stratégie fondée sur la parole : « Je viens d'une civilisation où les hommes se transmettent leur histoire familiale, leurs traditions, leur culture, simplement en se les racontant, de génération en génération [...] Comme nous ne pourrons pas empêcher les humains de nous disperser, je propose que chacun de nous raconte aux autres tout ce qu'il sait de Mémoria. Ainsi, pendant les six nuits et les cinq jours qui nous séparent du kétala, nous allons tous, ensemble, reconstituer le puzzle de sa vie [...] On ne peut pas toujours emmener les siens avec soi, mais on part toujours avec sa mémoire.

     

     

    EXTRAITS :

    Prologue

    Lorsqu'une personne meurt, nul ne se soucie de la tristesse de ses meubles !
    Tout était propre : dans la chambre, le lit n'était pas défait. Dans la salle de bain, la brosse à dents penchait encore sa tête hors d'un verre mauve. Sur le lavabo, un dernier flacon de parfum attendait son sensuel usage. Équipée avec goût, la cuisine suggérait la gourmandise. Seule une tache de café difforme semblait tatouée sur le carrelage, mais il fallait un esprit bien mal tourné pour la remarquer. Les fauteuils se tenaient tranquilles au salon, en face de l'ordinateur éteint et du téléviseur dont le bouton de veille rougeoyait sans insolence.
    Silencieux décor, corps du silence, à lui tout seul un langage
    [...]


    [...] Dans la salive des Hommes mûrissent et macèrent les mots, afin de se gorger de sens. Ces mots nomment la consistance du vide. Dans le silence du décor, sur la poussière muette qui couvre les objets, les mots libérés de l'esprit tracent de sinueuses pistes, ramassent et recomposent la vie émiettée, dispersée par le temps. Empirique, le décor est une mémoire vive. Et si l'âme se terrait dans l'inanimé, afin d'échapper aux ravages du temps ? Mémoire immobile, raconte-toi ! Raconte-moi ! En se gavant de tes silencieuses paroles, mon oreille me nourrit telle une perfusion, du nectar de la vie. Agréable, le verbe est un jus d'orange, bu frais, il revigore. Désagréable, le verbe se fait décoction amère, remède ou poison, la grimace qu'il suscite est celle du convalescent ou du mourant. L'évocation de l'existence de Mémoria promettait toute ces saveurs et bien davantage [...]

     

    « Je viens d’une civilisation où les hommes se transmettent leur histoire familiale, leurs traditions, leur culture, simplement en se les racontant, de génération en génération [...] Comme nous ne pourrons pas empêcher les humains de nous disperser, je propose que chacun de nous raconte aux autres tout ce qu’il sait de Mémoria. Ainsi, pendant les six nuits et les cinq jours qui nous séparent du Kétala, nous allons tous, ensemble, reconstituer le puzzle de sa vie », conseille Masque à ses compagnons d’infortune. Ainsi, comme dans la tradition des contes des Milles et Une nuits, les objets de Mémoria se donnent six nuits et sept jours pour se transmettre mutuellement les souvenirs de la défunte. Avec une stratégie fondée sur la parole car « parler, encore et encore, est une façon de ne pas pleurer ». La suggestion est alors faite de rendre compte de ce qu’ils ont vu, seulement ce qu’ils ont vu, sans aucune interprétation.

     


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