• la leçon d'allemand de Siegfred lenz

    " Personnellement, je tiens ma punition - assortie de réclusion et de suppression provisoire de toute visite - pour imméritée ; car je n'expie pas une insuffisance de mémoire ou d'imagination, bien au contraire, cette retraite m'a été imposée parce que, ayant obéi, m'étant mis en quête des joies du devoir, j'ai eu soudain trop de choses à dire ou, du moins, tellement de choses que je ne savais plus, malgré toute ma bonne volonté, par quel bout commencer. Et, comme ce n'étaient pas des joies quelconques mais les joies du devoir que Korbjuhn voulait nous faire découvrir, décrire, savourer, et, surtout célébrer, à qui d'autre pouvais-je songer sinon à mon père Jens Ole Jepsen, à son uniforme, à son vélo de service, à ses jumelles, à sa pèlerine, à sa silhouette voguant sur la crête de la digue, gonflée par l'incessant vent d'ouest."

    C'est ainsi que la rédaction/punition "des joies du devoir" de Siggi Jepsen prend  la forme d'une confession qui pénètre avec force l'esprit du lecteur.  Nous sommes en 1943, le peintre Max Ludwig Nansen - qui n'est autre que le peintre Emil Nolde - se voit interdire de peindre. Jens Ole Jepsen, officier de police et ancien ami du peintre est en charge de faire respecter l'interdiction.  Il n'hésite pas à endoctriner son fils dans sa quête obsessionnelle d'accomplir son devoir. C'est un échec car l'enfant se découvre une passion pour l'art et se lie d'amitié avec le peintre. Siggi conteste l'autorité parental en cachant des toiles que le peintre lui confie. Parallèlement, son obsession pour l'art lui vaudra, plus tard, de transgresser la loi en volant les tableaux du peintre. 

     

    Excited People - Emil Nolde

     

    Dans l'Allemagne du Nord, au bord de la mer, où le vent souffle rageusement, des paysages se dessinent magnifiquement sous la plume de l'auteur. La psychologie des personnages est finement analysée. La question de l'endoctrinement, les rapports de force entre un père et son fils et la résistance artistique envers un régime totalitaire ( Créer, c'est résister ! ) sont les points forts du roman de Siegfried Lenz.  571 pages où le zèle coupable d'un père va bouleverser la vie de son fils. Un roman fort, un texte de réflexion pédagogique qui a inspiré le très beau et bon  roman de Lionel Duroy  "Echapper".

     

    couverture

    Editions Robert Laffont / Pavillons poche ( 1971)

    Traduit par Bernard KREISS

     Quatrième de couverture : Enfermé dans une prison pour jeunes délinquants située sur une île au large de Hambourg, Siggi Jepsen est puni pour avoir rendu une copie blanche lors d'une épreuve de rédaction. Ce n'est pas qu'il n'ait rien à dire sur le sujet « Les joies du devoir », au contraire...
    Bientôt lui reviennent à la mémoire les événements qui ont fait basculer sa vie. Son père, officier de police, est contraint en 1943 de faire appliquer la loi du Reich et ses mesures antisémites à l'encontre de l'un de ses amis d'enfance, le peintre Max Nansen (derrière lequel on peut reconnaître le grand Emil Nolde). À l'insu de son père, Siggi devient le confident de l'artiste et va l'aider à mettre en sécurité ses toiles clandestines. Sa passion pour l'oeuvre le conduit ainsi au refus de l'autorité paternelle et à une transgression (un vol dans une galerie) qui lui vaudra d'être condamné. Mais aux yeux de Siggi, le châtiment porte l'empreinte du zèle coupable de son géniteur.

    Siegfried Lenz naît le 17 mars 1926, en Prusse Orientale, dans l'actuelle Pologne. À l'âge de treize ans, il est inscrit aux Jeunesses hitlériennes et, en 1943, il est contraint d'interrompre ses études pour s'engager dans la marine nationale. Sommé de participer à l'exécution d'un de ses camarades, il déserte et se réfugie au Danemark. À la fin de la guerre, il est fait prisonnier par les troupes d'Occupation. Très vite libéré, il devient journaliste à Die Welt, alors contrôlé par les forces britanniques. Puis il se tourne vers l'écriture avec le succès que l'on sait. Convaincu que l'écrivain a un rôle moral à jouer et que la littérature constitue un biais indispensable pour comprendre l'Histoire et le monde, il est intervenu à de multiples reprises dans le débat politique ouest-allemand. Avec ce roman d'une grande puissance éthique et affective à la fois, qui fit le bruit que l'on imagine lors de sa publication, Siegfried Lenz a rejoint d'emblée les figures majeures du Groupe 47, ces écrivains allemands – parmi lesquels on comptait Günter Grass, Heinrich Böll et Ingeborg Bachmann – qui ont assuré le « redressement » intellectuel de leur pays.


  • Commentaires

    1
    Vendredi 11 Septembre 2015 à 09:49
    Aifelle

    Je note les deux, même si je pense lire plutôt Duroy d'abord.

    2
    Chrys
    Vendredi 11 Septembre 2015 à 22:29

    Comme je connais l'écriture de Lionel Duroy, je me laisserais bien tenter par ta seconde proposition!!!

    3
    Lundi 14 Septembre 2015 à 22:06

    Sûrement très émouvant! Oui, écrire pour témoigner avec coeur et faire grandir la conscience, défendre la vie...

    Je ne pourrais pas me passer de livres!

    Gros bisous ma Vallia! biggrin

    4
    Lundi 21 Septembre 2015 à 19:32
    chiffonsandco

    arrffff, trop cérébral pour moi no



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