• "Le cas Eduard Einstein" de Laurent Seksik

     «Vingt-cinq ans déjà déjà, et je n'ai rien accompli. Quand on sait ce qu'avait réalisé mon père à mon âge. Je n'ai même pas pu obtenir les titres de docteur, médecin psychiatre, guérisseur des âmes. Comme seul titre je dispose de mon nom, c'est peu et beaucoup à la fois. Il paraît que les gens payent pour une particule, moi, je donnerais ma vie pour changer d'héritage. J'endure tellement d'épreuves que j'irai jusqu'à Vienne pour abréger ma souffrance. Je suivrai les conseils de docteur Minkel. Peut-être qu'il ne me veut pas tant de mal que cela. Peut-être qu'à Vienne, ils disposent d'une pilule miracle. Je vais leur laisser une chance de me sauver. Chacun a droit à sa chance.» 

    En 1914, Eduard a quatre ans quand ses parents divorcent. Son frère Hans-Albert est âgé de 10 ans. Tous deux souffriront de l'abandon de leur père partit vivre à Berlin où il épousera sa maîtresse, Elsa. Mileva retourne à Zurich et élève seule ses deux enfants. Eduard est très proche de sa mère aimante. En 1933,  Eduard a vingt-ans et sera interné à la clinique psychiatrie Burghölzli de Zurich après plusieurs troubles du comportement et des crises violentes. Mileva est bouleversée quand on lui apprend la maladie de son fils, schizophrénie, elle la refuse, la rejette.  Albert ne semble pas être surpris par la maladie de son fils. «Son intuition lui a valu sa gloire et son Nobel plus encore que sa logique ou la puissance supposée de son cerveau. Le pressentiment qui l'anime aujourd'hui est si funeste, ses lèvres ne parviennent pas à proférer une parole. Ce qu'il redoutait depuis des années, ses pires pressentiments se sont réalisés. (...) Il se demande si la séparation d'avec Mileva a pu accentuer les troubles. La distance entre lui et ses fils, l'abîme qui s'est creusé avec son ex-femme ont-ils constitué des éléments favorisants ? Et ces tombereaux de haine déversés entre époux. Non ! Les enfants de divorcés ne finissent pas à l'asile. Quant à la descendance des prétendus génies, qui peut savoir ce qu'elle devient ? » Eduard se sentira abandonné pour la deuxième fois quand son père part en Amérique pour fuir l'Allemagne nazie. Ils ne se reverront plus jamais. "Le cas Eduard Einstein"  de Laurent Seksik est un passionnant récit alterné par trois voix  où  l'âme humaine est mise à rude épreuve. La voix d'Eduard prédomine et en fait indéniablement le personnage principal. Il est si présent, si solitaire, si bouleversant. Une belle lecture !

    "Le cas Eduard Einstein" de Laurent Seksik

    mai 1933 - photo prise à la clinique psychiatrique du Burghölzli. C'est la dernière photo d'Albert Einstein et de son fils ensemble.


  • Commentaires

    1
    Mardi 1er Avril 2014 à 19:56

    ah, ça, je l'ignorais!

    2
    Mercredi 2 Avril 2014 à 08:54
    Nadine Mamytimain

    Je ne savais pas non plus...

    Merci Voyelle

    3
    Lundi 14 Avril 2014 à 18:56
    Malika

    Un très bon moment de lecture pour moi aussi, j'y ai appris beaucoup de choses sur Einstein par ailleurs. 



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