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    Biographie de May Duignan, irlandaise qui en 1890, fuit  en Amérique en volant les  économies de ses parents pour échapper à une vie de misère. Une vie d'errance, de prostitution, de mauvaises rencontres qu'elle vivra bien souvent dans la solitude.Tout ça sous la belle plume de Nuala O' Faolain qui mène l' enquête sur les motivations profondes de l'intrépide et rebelle May Duignan. Un livre fort qui nous rend forçément triste. 443 pages trépidantes qui ne nous laissent pas indifférents. On ne peut s'empêcher de penser à la vie de Calamity Jane.



    Editions Sabine Wespieser - 2006 ( Roman )
    Traduit de l'anglais (Irlande) par Vitalie Lemerre
    Prix Femina étranger 2006

    4ème de couverture
    Nuala O'Faolain s'empare du destin d'une jeune Irlandaise pauvre qui, en 1890, s'est enfuie de chez elle pour devenir une criminelle célèbre en Amérique sous le nom de « Chicago May ».
    L'amour, le crime et un destin exceptionnel de femme au tournant du XXe siècle : tous les ingrédients du romanesque sont réunis. Tour à tour braqueuse, prostituée, arnaqueuse, voleuse et danseuse de revue musicale, May avait une beauté magnétique qui tournait la tête des hommes. Ses aventures la conduisirent du Nebraska – où elle côtoya les frères Dalton – à Philadelphie, où elle mourut en 1929, en passant par Chicago, New York, Le Caire, Londres et Paris, où elle fut jugée pour le braquage de l'agence American Express. Elle vécut sur un grand pied, fit de la prison, et écrivit même, dans le genre convenu des mémoires de criminels, l'aventure de sa vie.
    Partant de ce matériau, Nuala O'Faolain mène une enquête trépidante, tentant de saisir les motivations de cette énigmatique sœur d'Irlande, elle aussi exilée aux Etats-Unis. Car cette héroïne romanesque et sentimentale a payé au prix fort l'indépendance qu'elle a conquise contre les normes sociales. Ici l'écrivain nourrit de sa propre expérience une émouvante réflexion sur la quête d'une femme qui a décidé de sortir des sentiers battus, choisissant l'aventure et assumant la solitude.

    EXTRAITS :

    I

     

    D’EDENMORE AU NOUVEAU MONDE

     

    Des millions de jeunes filles impertinentes, intelligentes

    ou non, affrontent chaque jour leur destin, et

    qu’est-ce que leur destin peut être, tout au plus, que

    nous devions faire tant de bruit à ce sujet ?

    Henry James, préface à Portrait de femme.

     

     

    Imaginez une jeune femme en fuite. Ici, où les pentes des petites collines d’Edenmore sont bigarrées par des champs soyeux pas plus grands que des jardins et où, sur les lacs cachés en leur milieu, le soir - et elle n’aurait pas pris la fuite avant la tombée de la nuit -, des poules d’eau glissent en silence sur l’eau claire jusqu’à leur nid dans les roseaux. La maison où May naquit ne se trouvait sur aucune route. Mais, une fois en lieu sûr, elle pouvait prendre un chemin bordé de haies si chargées d’humidité que, même au printemps, leurs branches empêchent la lumière de pénétrer. Personne, à moins de se planter devant elle pour lui barrer le passage, n’aurait pu apercevoir sur le chemin plus que la pâleur d’un visage et le brillant d’une chevelure auburn au moment où son châle glissa en arrière. Et le dernier éclat de lumière accrochant les doigts blancs - aux ongles sales, évidemment - qui serraient fortement le châle sous son menton. Mais les gens auraient entendu le martèlement régulier de ses bottillons tandis qu’elle courait vers eux et puis son halètement - en partie dû à la peur, en partie à l’allégresse - et le bruit du lourd balluchon frappant contre sa jupe. May était forte. Elle avait l’habitude d’effectuer de longs trajets pieds nus pour se rendre aux foires et en ville. Les kilomètres jusqu’à la petite gare où son père ne penserait pas à la chercher ne constituaient pas un problème pour elle. Pourtant elle ne devait pas être une coureuse rapide. Les canons de beauté de cette période - c’était en 1890 - étaient féminins, et elle disait elle-même qu’elle était bien en chair. Elle était grande pour l’époque, et un homme, qui n’avait aucune raison de la flatter, affirma qu’elle était parfaitement proportionnée, ce qui signifie que ses hanches étaient aussi rondes que ses seins. Mais son visage contredisait son corps. Le goût d’alors allait aux femmes aux visages enfantins, et May remplissait totalement cet idéal – le même homme décrivit son « teint délicat de rose et de crème, ses grands yeux bleus ombrés de longs cils et sa bouche dont la lèvre supérieure formait un arc parfait ». Nous ne correspondons pas, de nos jours, à ce genre de description délicieuse, même si l’apparence de l’innocence produit toujours un effet très puissant. Cependant, la courbe harmonieuse d’une bouche ou la douceur de la naissance des cheveux sur un front ou une gorge blanche peut être d’un attrait presque douloureux même s’il ne s’agit pas d’une beauté classique. Ce devait être parce qu’elle possédait cette fraîcheur pétillante des filles de la campagne que May avait un grand charme physique.


    (...) Elle s'éveillait dans l'après-midi dans un grand lit où, j'imagine, un vieux manteau de fourrure miteux servait de couverture d'appoint et où les rideaux étaient cloués à la fenêtre et non suspendus. Je suppose qu'elle pouvait entendre de la rue un homme vendant du combustible à la criée, et qu'il lui montait un sac de charbon. Peut-être y avait-il une domestique quelque part qui allumait le feu et posait une casserole de café en équilibre dessus - May devait se blottir dans la chaleur dès l'instant où le feu rougeoyait. Elle lève sa tasse de café d'une main nerveuse, extrait quelque chose à se mettre hors du chaos de ses vêtements, rafraîchit son visage brûlant dans l'eau froide d'une cuvette en fer. Puis elle file vers son banc ou sa chaise attirés dans le saloon quelconque qui était à ce moment-là le quartier général de sa bande.

     

    NUALA O'FAOLAIN : Je n'avais jamais eu dans l'idée d'écrire une biographie. Mais j'ai toujours déploré le sort de ces millions de gens — parmi lesquels tous mes ancêtres en Irlande — qui ont vécu des vies auxquelles personne ne s'est jamais intéressé et qui sont tombés dans un tel oubli qu'ils auraient très bien pu ne pas avoir vu le jour.

    Chicago May aurait été oubliée aussi, comme la plupart des Irlandaises le furent. Sauf que c'était une arnaqueuse, une criminelle qui vivait en Amérique à une époque où les lecteurs étaient avides des mémoires de malfaiteurs. L'autobiographie qu'elle écrivit tard dans sa vie — une vie qui n'était, pour la belle jeune fille aux pieds nus, que drames et souffrances, jusqu'au jour où elle quitta sa maison dans cette région isolée de l'Irlande rurale — parvint à brosser un tableau d'ensemble d'un univers souterrain qui traversa l'Irlande, l'Amérique, la France et l'Angleterre, la Belle Époque et les deux premières décennies du XXe siècle. Il n'y a aucun témoignage équivalent à celui de May dans l'histoire de la femme irlandaise, et très peu dans toute l'histoire. Mais je me suis rendu compte en essayant d'écrire une biographie d'après les mémoires de May que la vie intérieure d'une femme sans éducation, qui a grandi dans un monde à l'aube de la modernité, trouve parfaitement écho dans les mœurs d'aujourd'hui. Alors j'ai fait tout mon possible pour que le lecteur et May se rencontrent, j'ai imaginé ses émotions et ses pensées — ce qui fait basculer la biographie du côté du roman. Et quand j'ai trouvé naturel d'amener mes propres expériences qui étaient totalement en rapport avec les siennes, je suis revenue à l'autobiographie. Parce qu'au final, L'Histoire de Chicago May est un récit tout autant politique que littéraire, une histoire qui cherche à révéler l'importance d'une existence en apparence déchue et l'importance de prendre en compte toutes les vies, quelles qu'elles soient, dans la communauté humaine.

     


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