• Les oreilles de Buster de Maria Ernestam

    Pour ses 56 ans, Eva reçoit en cadeau de la part de sa petite fille, Anna Clara, un journal intime décoré  d'un chat assis sous un rosier. Une délicate et franche intention qui doit bien avoir un sens pense Eva. Elle sait déjà ce qui remplira  les pages blanches mais le plus difficile sera de ne pas se laisser submerger par des souvenirs douloureux.

     

    « Un coup sourd à la fenêtre m'a fait lever les yeux. Un oiseau a dû percuter la vitre. La nature aura commis une erreur de navigation. Il gît sur la terrasse ; j'espère qu'il survivra. De toute façon, je ne peux pas sortir l'aider en pleine tempête. Et je sais que la nature n'est jamais mieux servie que par elle-même. Elle sait panser ses propres plaies, tant qu'il ne s'agit pas d'une cause perdue.

       Elle peut se montrer cruelle, certes, mais ses fourberies ne sont jamais conscientes. personne ne décide des mouvements du vent, aucune main ne gouverne le soleil lorsqu'il se cache derrière les nuages. En ce qui concerne les êtres humains, c'est autre chose. Pour ma part, je n'avais que sept ans lorsque l'odeur fétide de la perfidie est devenue si insupportable que j'en suis venue à projeter le meurtre de ma mère. Les évènements précédant cette décision sont un mélange de souvenirs et de récits, dot le compte rendu dans ces pages ne sera que partiel. en tout cas, d'après ce qu'on m'a dit ma naissance ne fut pas sans complications. On eut beaucoup de mal à me faire lâcher prise. »( p.28)

     

    C'est la nuit , pendant que Sven dort qu'Eva se consacre à l'écriture. Le matin, elle le réserve à ses rosiers pour lesquels elle apporte le plus grand soin, la plus grande attention sans jamais redouter leurs épines. La roseraie est son temple de méditation.

     

    Le titre peut sembler innaproprié voire contradictoire après lecture de la quatrième de couverture mais il est une subtile mise en bouche. Dans les oreilles de Buster, l'intrigue et le mystère gagnent en profondeur au fil des pages. Quant à la très jolie illustration de couverture de Yenty Jap, elle nous met en garde, d'une certaine manière contre les épines des roses qui laissent parfois de profondes entailles.

     

    L'écriture talentueuse de Maria Ernestam est d'une rare puissance, le ton est juste et limpide comme de l'eau de roche.  

     

    « Quel est le goût de l'effroi ? L'odeur de la peur ? La sensation d'une chute sans fin ? Qu'advient-il des larmes qui ne quittent pas le corps ? Nappent-elles de givre ses parois internes, de manières à ce que les organes gèlent et finissent par s'arrêter, sombrant lentement dans l'ultime repos ? Où finissent les mots qui traversent l'esprit sans être prononcés ? Existe-t-il un dépôt où s'entassent les souhaits inexprimés ? Peut-on respirer une fois de trop ? »

     

    « Je suis poursuivie par l'image d'un flacon d'huile et de vinaigre, deux liquides qui se superposent, séparés par leurs densités respectives. Il faut que quelqu'un secoue le flacon pour que les liquides se mélangent et qu'ils prennent une couleur qu'aucun d'eux ne possédait au départ. Eh bien, cela peut aussi arriver avec les bonnes et les mauvaises expériences. Au fond reposent les mauvaises, et si personne ne secoue la bouteille, elles y restent, constituant une sorte de fondation aux bonnes, qui demeurent au-dessus. Le pire et le meilleur coexistent ainsi paisiblement, sans déteindre l'un sur l'autre. »

     

    Pour ma part,je ne manquerai pas de lire son premier roman traduit en français " Toujours avec toi" paru en 2010.

     

    oreilles-de-busterbd

    Editions Gaïa - 2011

    traduit du suédois par Esther Sermage


    4ème de couverture

    Eva cultive ses rosiers. À cinquante-six ans, elle a une vie bien réglée qu’elle partage avec Sven. Quelques amies, des enfants, et une vieille dame acariâtre dont elle s’occupe. Le soir, lorsque Sven est couché, Eva se sert un verre de vin et écrit son journal intime. La nuit est propice aux souvenirs, aussi douloureux soient-ils. Peut-être aussi la cruauté est-elle plus douce lorsqu’on l’évoque dans l’atmosphère feutrée d’une maison endormie. Eva fut une petite fille traumatisée par sa mère, personnage fantasque et tyrannique, qui ne l’a jamais aimée.

    Très tôt, Eva s’était promis de se venger. Et elle l’a fait, avoue-t-elle d’emblée à son journal intime.

    Un délicieux mélange de candeur et de perversion. Prix des lecteurs de l'Armitière 2012 - Prix Page des libraires 2011, Catégorie "littérature européenne"

     Maria Ernestam a grandi à Uppsala en Suède. Journaliste de formation, elle a également étudié la littérature anglo-saxonne et les mathématiques. Elle a aussi obtenu un Master en Sciences Politiques aux Etats-Unis et a vécu 11 ans en Allemagne où elle travaillait en tant que correspondante étrangère pour les journaux "Veckans affärer” et “Dagens medicin”.
    Elle a débuté sa carrière littéraire en 2005 avec son roman “Caipirinha with Death” et a publié depuis de nombreux romans. Elle vit aujourd'hui à Stockholm avec sa famille.
    Les romans de Maria Ernestam mêlent le psychologique au suspens. Ils traitent des relations humaines avec un sérieux mêlé à de l'humour noir. Maria Ernestam a donc un style bien particulier, fortement reconnu en Suède. ( Source Babelio)

     

    Interview - Le courrier des auteurs

     

    1) Qui êtes-vous ? !
    Ma mère dit que je suis une Maria typique. Allez savoir ce que cela peut bien vouloir dire... Née et élevée à Uppsala en Suède, j'ai toujours été attirée par la lecture et l'écriture. Des études de langues et de mathématiques m'ont menée vers le journalisme et j'ai longtemps travaillé comme correspondante aux États-Unis et en Allemagne. De retour en Suède, j'ai cultivé ma passion pour le chant et la danse et c'est peut-être ce qui a fait naître le foisonnement d'idées qui m'a poussé à écrire des romans. Mon premier livre est sorti en 2005 et j'en ai maintenant cinq à mon actif. Deux d'entre eux ont été publiés en France : Toujours avec toi et Les Oreilles de Buster, qui vient de paraître. Sur mon site Web (www.mariaernestam.com) j'ai essayé d'en dire plus sur moi et mes livres et je serais ravie que vous passiez y faire un tour. Et puis, oui, je suis un mélange de personnalités opposées : je suis sociable et de bonne compagnie mais j'adore rester seule à lire, à écrire et à boire du thé.

    2) Quel est le thème central de ce livre ?
    Le thème central des «Oreilles de Buster» est une relation mère-fille où une mère charismatique, belle, brillante dans ce qu'elle entreprend mais égoïste et totalement dépourvue d'empathie demeure aveugle aux besoins de sa fille. J'ai voulu explorer ce type de relation où quelqu'un s'efforce d'être aimé sans jamais y parvenir parce que la personne en face est incapable d'aimer quiconque, à part elle-même. Et j'ai voulu dépeindre un personnage - la fille - qui prend conscience de cela et qui, au lieu de se laisser submerger par le chagrin, agit et se révolte.

    3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
    Il y a une citation de Shakespeare dans le livre qui dit ceci : «Il est une divinité qui donne la forme à nos destinées, de quelque façon que nous les ébauchions (1)». Pour moi, cela veut dire que nous avons beau nous efforcer de planifier nos vies, il arrivera toujours une chose que nous n'aurions jamais pu prévoir et nous serons toujours victimes des surprises, heureuses ou tristes, que la vie nous réserve. Une fois que l'on a compris qu'il ne faut jamais s'attendre à ce que les choses restent immuables, je pense que les chances de vivre dans une certaine harmonie augmentent énormément.

    4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
    Sofi, ma fille de seize ans, a tout de suite dit : «Édith Piaf, Je ne regrette rien, bien sûr, mais aussi toutes ses chansons». C'est une grande fan de Piaf, comme je le suis moi-même. Et plus j'y pense, plus je trouve ce choix judicieux. Tout comme Piaf, Eva, la protagoniste de mon roman, peut paraître fragile. Elle non plus n'a pas une vie facile. Mais elle brûle de cette force qui lui fait surmonter les obstacles même lorsque c'est douloureux. La musique d'Édith Piaf porte en elle beaucoup de cette énergie farouche. Lorsque j'écrivais le livre, j'écoutais aussi souvent une auteure-compositrice suédoise nommée Rebecka Törnqvist. Sa musique est empreinte des mêmes qualités.

    5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
    L'un des thèmes principaux des Oreilles de Buster réside dans le fait que, en matière de mauvaises actions, ce ne sont pas toujours les plus «grosses» et les plus «flagrantes», comme la violence physique et la maltraitance, qui blessent la majorité des gens. Ce sont certes des choses terribles contre lesquelles il faut agir mais ce que j'appelle la «méchanceté quotidienne» est tout aussi néfaste : les commentaires sournois, les remarques insidieuses, le désir de rabaisser quelqu'un, par des moyens détournés, à la maison mais aussi à l'école, au travail ou ailleurs. J'aimerais que chaque lecteur se remémore ces moments où cette méchanceté l'a affecté, qu'il décide de l'affronter et s'écrie «Plus jamais ça !». J'aimerais qu'à travers la protagoniste du livre, il comprenne qu'il est parfois nécessaire de réagir - même si, en l'occurrence, la réaction d'Éva est plutôt radicale -, afin de survivre et d'être heureux. ( Source Le choix des libraires )

    (1) Ndt : Hamlet, acte V, scène 2 (traduction François-Victor Hugo).

     

    Lire les premières pages

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment



    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :