"Air de Musc " "Senteur de Lisbonne"
"Nuits
turques"
"Bouquet de la Cour"
© voyelle
Le parfum était là, sur son bureau, dans un petit flacon de verre avec un bouchon à l'émeri. Cela faisait déjà quelques jours qu'il l'avait acheté... Baldini ne voulait pas seulement utiliser ce
parfum pour le maroquin du comte, cette petite quantité n'y aurait pas même suffi. Ses intentions étaient bien pires : ce parfum il voulait le copier...
Devant lui était posé le flacon contenant le parfum de Pélissier. Le liquide avait au soleil un éclat d'un brun doré, limpide, sans rien de trouble. Il avait l'air parfaitement innocent, comme du
thé clair - et pourtant outre quatre cinquièmes d'alcool il contenait un cinquième de ce mystérieux mélange qui était capable de mettre en émoi une ville entière...
Du tiroir de son bureau, il tira un mouchoir frais en dentelle blanche et le déploya. Puis il retira le bouchon du flacon en le tournant légèrement. Ce faisant il rejeta la tête en arrière et
pinça les narines, car pour rien au monde il ne voulait se faire une impression prématurée en sentant directement le flacon. Le parfum se sentait à l'état épanoui, aérien jamais à l'état de
concentré. Il en fit tomber quelques gouttes sur le mouchoir, qu'il agita en l'air pour faire partir l'alcool et qu'il porta ensuite à son nez. En trois coups très brefs, il aspira le parfum
comme une poudre, l'expira aussitôt et, de la main s'envoya de l'air frais au visage puis renifla encore sur le même rythme ternaire et, pour finir, aspira une longue bouffée, qu'il relâcha
lentement, en s'arrêtant plusieurs fois, comme s'il la laissait glisser sur un long escalier en pente douce. Il jeta le mouchoir sur la table et se laissa retomber contre le dossier de son
fauteuil. le parfum était ignoblement bon.
Extraits "Le parfum" de Patrick Süskind